VOULZY & SOUCHON
Publié le 11 janvier 2017, par Charles-Erik Labadille
Alain Souchon, Laurent Voulzy, Laurent Voulzy, Alain Souchon… ? Par lequel commencer puisqu’ils sont deux ? Deux sans être vraiment un groupe, quoique… Tout commence à peu près en 1974 où ils ont leur premier véritable succès en commun… et en 2014, ils sortent un album sous leurs deux noms et partent en tournée ensemble, c’est plus sympa, on s’emm… moins. Ils ont tout de même dû, du moins c’est ce qu’on pense nous, se poser la question au cours de leur quarante ans de carrière : cavalier seul ou à deux sur le bidet ? Souzy, Voulchon, Zysou, Chonvou…, pas facile de trouver un nom de scène alors ils sont restés chacun de leur côté, tout en travaillant à deux, ce qui donne un bel exemple d’amitié durable (ça c’est ce qu’on pense nous, mais peut-être qu’ils s’engu… à longueur d’année ?).
Pour notre part, on apprécie l’entité « Souchon – Voulzy » pour ce que chacun apporte de particulier à leur ensemble harmonieux.
Laurent Voulzy est certainement un des rares artistes qui louvoie dans la sphère des variétés et qui trouve excuse à nos yeux, ou plutôt à nos oreilles. Mieux encore, c’est un fin mélodiste et un arrangeur de talent. L’album « Caché derrière » est même certainement l’un des meilleurs albums en langue française des années 90 et avouons ici que nous l’avons écouté « en boucle ». Parmi les musiciens, on trouve Manu Katché à la batterie, Bernard Paganotti à la basse… « Avril » (2001) s’inscrit dans la même mouvance et même « La septième vague » (2006), n’a pas démenti cette qualité, pourtant un album de reprises mais qui nous plonge avec délectation dans des temps trop anciens où passaient à la radio des chansons comme « La Madrague », « Derniers baisers » ou encore « Le piano de la plage ». Du point de vue des mots, Voulzy, non plus, ne manque pas de grandeur d’âme et d’humour : il transparait dans des titres comme…, « Le cantique mécanique, « Quatre nuages » :
Je t'ai tout donné Intérêt, principal Il me reste encore Tout au plus un mini mal
À toi Rien qu'à toi
Et ma bouche Et mes yeux Et mes mains Tout mon corps enfin
Tout est à toi
Elle était assise Sur le chemin de douane Où elle vient souvent
Elle a vu c'est sûr Ces quatre nuages Et mis ses rêves dedans Porte le vent
Bon, ce vent me donne de l'espoir Et puis c'est un peu notre histoire,
Elle a toujours vu venir Les nuages avant Pousse le vent
Terminons avec Voulzy en parlant de ces chœurs si particuliers, enfantins-féminins, plein d’allant et d’humour qui sont presque une marque de fabrique ; on saluera au passage les choristes Véronique Jannot et Virginie Constantin.
Passons maintenant au collègue Souchon. Là encore, on n’est pas déçus car, comme on pourrait le dire, ça écrit « dur » dans cette boutique-là, ce qui amène une nouvelle dimension aux créations du duo. On sent rapidement derrière les mots de Souchon beaucoup d’observation, une part de contemplation, d’introspection, on sent venir le philosophe, plutôt débonnaire mais parfois caustique, aussi le « fantaisiste », au sens noble du terme, toujours prêt au bon mot, à la fine plaisanterie, à la rime poètique et à la chute qui surprend : Alain Souchon a bien un style personnel qu’il offre à la chanson française. Il n’est donc pas facile de choisir des extraits dans ses textes, car il y a beaucoup de bons. Alors, au hasard… :
Alors malgré nos yeux fermés Et nos cœurs qui portent un voile
Je voudrais voir les cavaliers En regardant les étoiles
Tu verras qu'on aura des foulards, des chemises Et que voici les couleurs vives
Et que même si l'amour est parti Ce n'est que partie remise
Par les couleurs, les accords, les parfums Changer le vieux monde
Pour faire un jardin
J'ai un rêve Le rêve que j'ai Tout l'monde le fait
Je rêve d'eau Mais d'océan Ah ! L'océan
Au sud et vivre de pêche Mais les rêves on les empêche
Mystère De nous passagers sur la terre On est venu pourquoi faire, faire
À quoi ça sert Parler ou se taire Travailler, chercher des airs
Vous dire Ce qu'on a déjà dû vous dire La vie c'est du plaisir
Ouhouhouh Ou es soupirs Pourquoi on est là Mais moi je sais quoi
Je suis venu pour elle...
C'est une fille d'avril Pauvre de moi Une fille difficile
Elle ne veut pas Découvrir d'un fil Tout ce qu'elle a
Ni son cœur, ni son corps C'est comme ça
Tout ça pour dire, en définitive, que les jeux de mots, les bons mots et l’air bonhomme sont juste un jeu de l’esprit qui cachent également une certaine mélancolie, parfois même une vraie et profonde tristesse à la vue de nos existences un peu futiles, un peu absurdes et toujours passagères ; de quoi se sentir « bidon », « jamais content », « au ras des pâquerettes » et souvent à la recherche d’une insouciance perdue : « Laissez-moi rêver que j’ai dix ans Ça fait bientôt quinze ans que j’ai dix ans » (J’ai dix ans, A. Souchon).
En écoute : La fille d’avril, L. Voulzy / A. Souchon , productions Laurent Voulzy 2001
Laurent Voulzy : 8 albums studio de 1979 à 2014
Alain Souchon : 14 albums studio de 1974 à 2014
