Claude NOUGARO
Publié le 25 septembre 2016, par Charles-Erik Labadille
Comme pour Georges Brassens, nous n’allons pas vous faire l’affront de vous présenter Claude Nougaro (1929-2004), ni de vous dire qu’il était un grand amateur de jazz, trouvant donc naturellement sa place dans cette rubrique. La devise inscrite au fronton du site qui lui est consacré « Jongleur de mot, cracheur de swing » résume parfaitement les deux principales qualités de l’homme.
Pour notre part, nous nous bornerons donc à démontrer qu’au-delà du poète chanteur —de loin le meilleur à notre avis—, se cache un véritable défenseur du « jeu de mot » et un virtuose du sourire, un sourire élégant mais angoissé, voire grinçant, mais universel comme tous les vrais sourires. Tirées de ses nombreux mots d’auteur, quelques citations vont permettre d’étayer notre propos :
Bonheur, tu nous fais souffrir C’est contradictoire Bonheur, tu nous fais souffrir La peur que tu t’barres
La langue de bois, la langue de bois Pour désigner paroles vaines C’est insulter ma fibre à moi La sève vivant dans mes veines Jactez beaux messieurs sans remords Vous valez pas un sycomore
Le noir ça va bien aux étoiles Les araignées de l’éternel Y en a qui voient la vie en rose Moi c’est en noir, au septième ciel
Ici, ça va, ça vole, ça coule Et s’il n’y a pas les lumières de la ville La lune, c’est pas nul comme ampoule
C’était il y a des lustres, il y a belle lurette Les dieux étaient aigris, morgueux et trouble-fête Aux hommes médusés, ils avaient déclaré De feu serez privés car vous nous déplaisez Et sous notre œil glacé, vous pouvez vous les g’ler
Les parfums de la terre, les couleurs de l’eau, l’or de l’été On est prié d’laisser les lieux dans l’état où ils étaient
Dans l’alphabet du corps, le Q est la consonne Qui m’occupe tout particulièrement
Allez roule-moi, roule-moi la pâte Ça me plaît, ça m’émeut Quand je vois voltiger les mains blanches de mon cordon-bleu
Elle voulait un enfant Moi je n’en voulais pas Mais il lui fut pourtant facile Avec ses arguments De te faire un papa Cécile ma fille
Le seul problème qu’on se pose C’est de séparer en deux portions Cinquante-cinq kilos de chair rose De cinquante-cinq grammes de nylon
Mais qu’est-ce qu’elle me reproche ? Lorsque je l’ai trompée, elle l’a jamais appris
Voilà bien des sourires et des clins d’œil, et la liste est loin d’être exhaustive ! Si, pour conclure, il fallait conseiller des albums, nous dirions peut-être les derniers, « Embarquement immédiat » ou « La note bleue », plus d’ailleurs pour la philosophie qu’ils distillent que pour les purs traits d’humour. Notons d’ailleurs que chez Claude Nougaro comme chez Brassens, les jeux de mots fonctionnent avec les rimes, utilisées pour amener des chutes inattendues et humoristiques ; d’où le choix d’une écriture plutôt « classique » dans la forme, permettant aux auteurs de se livrer aussi à un exercice de style, de véritablement « jongler » avec les mots.
Pour conclure, le Trio Larigot ne résiste pas à l’envie de vous proposer dans les deux titres en écoute son petit hommage à Claude Nougaro, avec « Tout feu tout âme » (2013), un morceau inspiré par le verbe du Maître.
« La vie en noir » (Claude Nougaro)
« Tout feu, tout âme » (Trio Larigot, par. & mus. C.E. Labadille)
17 albums de 1966 à 2000 (et 10 albums en public).
